Mémoire de travail : le vrai poste de pilotage de ton cerveau. Découvre pourquoi tu satures à 3–4 infos, la différence avec la mémoire à court terme et comment booster concentration et apprentissage grâce aux modèles scientifiques clés.

On l’appelle souvent le « poste de pilotage » de notre intelligence. Contrairement à la mémoire classique qui garde des souvenirs, la mémoire de travail est un espace de jonglage mental.
C’est elle qui te permet de maintenir une info juste assez longtemps pour l’utiliser : planifier ta journée, comparer deux options avant de choisir, ou rester concentré sur une tâche précise. C’est un moteur dynamique qui booste ton attention et ton raisonnement au quotidien. C’est ton meilleur outil pour agir vite et bien.
Mémoire à court terme vs Mémoire de travail : l’instantané contre l’action
Pour bien comprendre la différence, imagine deux outils très simples dans ta tête :

D’un côté, la mémoire à court terme fonctionne comme une petite photographie instantanée. Elle capture une info brute (un chiffre, un mot, une image) mais elle s’efface presque aussitôt. C’est un flash qui disparaît dès que ton attention passe à autre chose.
De l’autre, la mémoire de travail est ta petite calculette mentale. Elle ne se contente pas de regarder l’info : elle la saisit pour faire des opérations avec. C’est elle qui te permet de prendre plusieurs données, de les manipuler, de les transformer et d’en tirer un résultat pour agir.

En résumé : si la mémoire à court terme est un cliché furtif, la mémoire de travail est ton outil de calcul en temps réel. C’est cette capacité à jongler activement avec tes « photos » mentales qui te permet de réfléchir et de résoudre des problèmes au quotidien.
L’évolution : passer de « boîtes » isolées à un système ultra-connecté
Pour comprendre comment on réfléchit, le modèle de référence (celui de Baddeley et Hitch) nous invite à voir notre mémoire de travail non pas comme un bloc unique, mais comme un « Open Space » mental où cohabitent plusieurs postes spécialisés :
- Le Dictaphone interne (La boucle phonologique) : C’est ton mode « répétition ». C’est grâce à lui que tu peux garder en tête une petite liste de courses ou un numéro de téléphone en te le répétant mentalement.
- Le GPS visuel (Le calepin visuo-spatial) : C’est ton écran interne. Il te permet de visualiser le trajet pour aller chez un ami ou d’imaginer comment réorganiser les meubles dans ton salon.
- Le Chef de projet (L’administrateur central) : C’est le cerveau de l’opération. Il ne stocke rien, mais il dirige ton attention : c’est lui qui décide sur quoi tu te concentres et qui gère tes priorités (par exemple : « finir ce mail » tout en ignorant le bruit de la machine à café).



Plus tard, un quatrième élément a été ajouté : Le Hub de connexion (Le buffer épisodique). Imagine-le comme une passerelle qui rassemble les sons, les images et tes souvenirs plus anciens pour créer une compréhension globale de la situation.
Ce modèle explique pourquoi tu es capable de te répéter une consigne (son), de chercher ton chemin sur un plan (image) et de décider quelle est l’étape la plus urgente (gestion), le tout en même temps. C’est une véritable station de travail multi-tâches au service de ton quotidien
L’approche de Cowan : le « Projecteur d’Attention »
Cowan propose une vision un peu différente, moins « compartimentée ». Pour lui, la mémoire de travail n’est pas une série de boîtes séparées, mais plutôt la partie de ta mémoire globale (tes souvenirs, tes connaissances) que tu décides d’activer à un instant T.

Imagine une immense bibliothèque plongée dans le noir : c’est tout ce que tu sais. Ta mémoire de travail, c’est simplement le faisceau de ta lampe torche.
- Le « Focus » ultra-sélectif : Ce faisceau est très étroit. Ton attention ne peut éclairer et manipuler que 3 ou 4 éléments à la fois (ce qu’on appelle des « blocs » d’infos).
- La limite du multitâche : C’est pour cette raison qu’on se sent vite saturé. Dès que tu essaies de jongler avec une cinquième ou sixième info, ton projecteur ne peut plus tout couvrir et tu perds le fil.
Selon Cowan, tout est une question de focus. Ta mémoire de travail, c’est ce petit cercle de lumière qui fait sortir quelques informations de l’ombre pour te permettre de réfléchir et d’agir sans être submergé.

L’approche d’Engle : la mémoire comme « muscle de l’attention »
Engle apporte une nuance essentielle : la mémoire de travail n’est pas seulement une question de stockage. Pour lui, ce qui fait vraiment la différence, c’est notre capacité à diriger notre attention, surtout quand les choses se compliquent. C’est ce qu’il appelle l’attention exécutive.
Imaginez que vous essayez de terminer un dossier important dans un open space bruyant ou avec des notifications qui s’affichent sans cesse. Votre performance ne dépend pas de la quantité d’infos que votre cerveau peut contenir, mais de votre force pour :
- Filtrer les parasites : Ignorer les distractions et les interruptions.
- Rester sur les rails : Ne pas céder à la tentation de passer à une autre tâche plus facile ou plus fun.
- Gérer le conflit : Rester lucide même quand plusieurs urgences se bousculent.
Selon Engle, avoir une bonne mémoire de travail, c’est surtout savoir tenir le cap. Ce n’est pas seulement un réservoir d’informations, c’est votre centre de commande qui vous permet de rester concentré sur vos objectifs, peu importe le chaos autour de vous.
L’approche d’Oberauer : les cercles de la conscience

Oberauer propose une vision très structurée de la mémoire de travail, qu’on peut visualiser comme trois cercles concentriques d’accessibilité. Cela permet de mieux comprendre comment notre cerveau priorise les informations en temps réel.
1. Le premier cercle :
La mémoire activée C’est une partie de votre mémoire globale qui se met en « veille active ». Quand vous abordez un sujet, tout ce que vous connaissez dessus se réveille en arrière-plan. L’information est là, disponible, mais elle n’est pas encore sous votre regard direct.
2. Le deuxième cercle :
La zone d’accès direct Imaginez cette zone comme la surface de votre bureau. C’est ici que vous déposez les quelques éléments dont vous avez besoin immédiatement pour réfléchir ou agir. C’est un accès rapide, mais avec une capacité très limitée : on ne peut y garder que quelques dossiers à la fois avant que cela ne devienne illisible.
3. Le troisième cercle :
Le foyer d’attention (Le focus) C’est le point le plus restreint. C’est l’élément précis que vous êtes en train de manipuler à la milliseconde près. On ne peut vraiment traiter qu’une seule opération complexe à la fois dans ce foyer central.
Le concept du goulot d’étranglement
Cette hiérarchie explique pourquoi notre cerveau sature parfois. Même si nous avons des millions d’informations activées dans le premier cercle, le passage vers le « focus » est extrêmement étroit. C’est cette transition qui crée un goulot d’étranglement et nous oblige à être très sélectifs pour ne pas perdre le fil de notre raisonnement.

Pourquoi c’est important : c’est un peu la réponse à l’énigme du « je l’ai sur le bout de la langue »
Cette théorie explique une expérience que nous vivons tous régulièrement : ce moment frustrant où une information est bien présente dans notre tête, mais reste temporairement inaccessible.
Prenons un exemple concret : on vous demande le prénom de la fille de votre cousin. Vous avez la certitude absolue de le connaître, et pourtant, il vous faut quelques secondes de « recherche interne » pour que le nom remonte enfin à la surface.
Grâce au modèle d’Oberauer, on comprend enfin ce qu’il se passe :
- L’information est présente : Le prénom était bien dans votre mémoire activée (votre immense bibliothèque interne, réveillée par la question).
- Mais elle est mal placée : Elle n’était pas encore passée dans votre zone d’accès direct (votre plan de travail immédiat).
- Le focus est ailleurs : Et elle était encore moins dans votre foyer d’attention (le point précis que vous manipulez à l’instant T).


Ce décalage montre que savoir une chose ne suffit pas pour l’utiliser instantanément. Il faut que l’information voyage à travers ces différents cercles pour arriver jusqu’à votre conscience. C’est ce petit temps de trajet qui explique pourquoi on finit par dire : « Ah ça y est, ça me revient ! »
Capacité : pourquoi le chiffre « 7 » est un mythe (ou presque)
On entend souvent dire que notre cerveau peut retenir « 7 éléments, plus ou moins deux ». C’est la fameuse règle de Miller, un grand classique de la psychologie. C’est une base utile pour comprendre le chunking — cette astuce qui consiste à regrouper des informations pour les retenir plus facilement (comme mémoriser un numéro de téléphone par blocs de deux chiffres plutôt qu’un par un).
Mais dans la réalité du quotidien, quand il ne s’agit pas juste de stocker mais de traiter l’information, la barre est placée bien plus bas.
La limite réelle : 3 à 4 blocs d’infos Dès que vous devez manipuler une donnée, la transformer ou l’utiliser pour résoudre un problème, votre capacité chute. C’est là qu’on ressent cette fameuse saturation : on a l’impression de perdre le fil dès qu’on essaie de jongler avec plus de 3 ou 4 éléments complexes en même temps.
Une ressource vivante, pas une machine figée Contrairement à la RAM d’un ordinateur qui a une capacité fixe, votre mémoire de travail est extrêmement sensible à votre état général. Elle n’est pas une donnée technique gravée dans le marbre. Sa performance fluctue selon :
- Votre expertise : Plus vous connaissez un sujet, plus vos « blocs » d’infos sont denses et efficaces.
- Votre état de forme : Le stress, la fatigue et le manque de sommeil grignotent directement votre espace de travail mental.
- Le contexte : Les interférences extérieures et la qualité de votre attention dictent ce que vous pouvez réellement accomplir.
La question n’est pas tant de savoir « combien » vous pouvez stocker, mais comment vous gérez la charge. Apprendre à simplifier l’information et à protéger son attention, c’est concrètement augmenter sa puissance de réflexion.



À quoi sert concrètement votre mémoire de travail ?
La mémoire de travail n’est pas qu’un concept de laboratoire ; c’est l’outil que vous utilisez à chaque seconde pour interagir avec le monde. Voici comment elle se manifeste dans votre vie de tous les jours.

1. Comprendre et s’exprimer sans perdre le fil
Lire un article de fond, suivre une discussion passionnée ou rédiger un mail important demande un effort constant à votre mémoire de travail. C’est elle qui vous permet de garder le début d’une phrase complexe en tête pendant que vous arrivez à la fin, afin de donner un sens à l’ensemble. Elle vous aide aussi à choisir le mot juste en filtrant les termes inappropriés. C’est pour cette raison que certaines formulations trop lourdes nous font décrocher : elles saturent notre « espace de traitement » avant même que nous ayons pu en saisir l’idée principale.
2. Raisonner, calculer et décider sous pression
Qu’il s’agisse de comparer deux devis, de faire un calcul mental rapide ou de prendre une décision stratégique, vous faites appel à votre attention exécutive. Votre capacité à raisonner dépend de votre aptitude à jongler avec plusieurs hypothèses en même temps, tout en ignorant les intuitions trompeuses ou les distractions extérieures. Les chercheurs observent d’ailleurs un lien étroit entre l’efficacité de cette mémoire et l’intelligence fluide, c’est-à-dire votre capacité à résoudre des problèmes inédits et à vous adapter rapidement.
3. Apprendre : la porte d’entrée de vos connaissances
Voyez la mémoire de travail comme le « sas » obligatoire pour vos futurs souvenirs. Rien n’atteint votre mémoire à long terme sans être d’abord passé par ce poste de traitement.
C’est ici que la théorie de la charge cognitive devient cruciale : votre espace mental est limité. Si cet espace est déjà encombré par des informations inutiles (une présentation confuse, du multitâche ou des notifications incessantes), il ne reste plus de place pour l’encodage durable. En clair : si vous surchargez le système, l’apprentissage se bloque.
Pourquoi cela compte pour vous ?
Comprendre que votre mémoire de travail est un goulot d’étranglement vous permet de mieux protéger votre attention. Pour être plus efficace, l’enjeu n’est pas de travailler plus dur, mais de réduire la charge inutile pour libérer votre puissance de calcul mentale.
Comment mesure-t-on la puissance de votre « processeur » mental ?
En psychologie cognitive, on n’évalue pas la mémoire de travail avec un simple test de mémorisation. On utilise différents exercices pour observer comment votre cerveau gère la pression et le multitâche.
1. Les tests de stockage pur (L’empan simple)
C’est l’exercice le plus basique : on vous demande de retenir une suite de chiffres ou de mots et de les restituer.
Ce que cela révèle : Votre capacité de stockage immédiate et votre aptitude à regrouper les informations (le fameux chunking). C’est un peu comme tester la taille de votre bloc-notes mental.
2. Les tests de jonglage (L’empan complexe)
Ici, les choses se corsent. Vous devez retenir une information tout en effectuant une autre tâche en même temps (par exemple, mémoriser des mots tout en résolvant des équations).
Ce que cela révèle : Votre capacité à résister aux interférences. C’est le test ultime du contrôle attentionnel : arrivez-vous à garder le fil malgré les interruptions ?
3. Les tests de mise à jour (Le n-back)
On vous présente une suite d’éléments et vous devez dire si celui que vous voyez est le même que celui présenté deux ou trois rangs plus tôt.
Ce que cela révèle : Votre rapidité à actualiser votre focus. Cela demande de vider constamment votre mémoire des infos inutiles pour laisser place aux nouvelles, tout en restant ultra-réactif.

L’interprétation : un score, plusieurs talents
Il est important de comprendre qu’un bon résultat à ces tests ne signifie pas simplement que vous avez un « gros cerveau ». La performance est en réalité un mélange de plusieurs facteurs :
L’expertise : Vous retenez mieux ce que vous connaissez déjà. Un joueur d’échecs mémorisera une configuration de plateau bien plus vite qu’un débutant. La stratégie : Certains utilisent des astuces mentales (imagerie visuelle, répétition) pour booster leurs capacités naturelles. La résistance au stress : Une grande partie du score dépend de votre capacité à ne pas vous laisser déstabiliser par la fatigue ou l’enjeu.
En résumé : Ces mesures ne capturent pas une statistique figée. Elles montrent plutôt votre agilité à naviguer dans le chaos informationnel. Ce n’est pas seulement la taille du réservoir qui compte, mais la qualité du pilote aux commandes.
Apprentissage et développement : un poste de pilotage en pleine construction
La mémoire de travail n’est pas opérationnelle à 100 % dès la naissance. C’est une fonction qui évolue massivement durant l’enfance et l’adolescence. Durant ces années, le cerveau apprend progressivement à jongler avec plus d’informations et à mieux filtrer les distractions.
Les « bugs » du quotidien en classe
Pour un élève, une mémoire de travail encore en développement ou moins performante se traduit par des difficultés très concrètes. Ce ne sont pas des problèmes de volonté, mais de véritables surcharges du système :
- Le fil conducteur perdu : Oublier la fin d’une consigne complexe alors qu’on vient juste de commencer la première étape.
- La perte de repères : S’interrompre un instant et ne plus savoir du tout où l’on en était dans son exercice.
- La confusion des données : Mélanger des informations qui se ressemblent parce que le cerveau n’a pas réussi à les compartimenter efficacement.
- L’échec de la double tâche : Être incapable de maintenir un objectif en tête (le but de l’exercice) tout en effectuant les étapes nécessaires pour y arriver.

L’impact sur la réussite : ce que dit la science
Les recherches menées par Susan Gathercole et ses collègues ont mis en lumière que ces « pannes » de mémoire de travail ne sont pas anecdotiques. Elles sont souvent au cœur des difficultés d’apprentissage. Si le « sas d’entrée » que constitue la mémoire de travail est saturé ou trop étroit, l’information ne parvient jamais à être stockée durablement.
À l’école, la mémoire de travail est le moteur de l’autonomie. Comprendre ses limites chez les jeunes permet de mieux adapter les méthodes d’enseignement, par exemple en découpant les consignes ou en limitant les sources de distraction inutiles.

Le « Brain Training » : peut-on vraiment muscler son cerveau ?
C’est une question qui passionne tous ceux qui cherchent à optimiser leurs performances : peut-on augmenter la capacité de sa mémoire de travail grâce à des exercices ? Il existe aujourd’hui de nombreux programmes et applications qui promettent de booster vos facultés mentales. Cependant, la science apporte une réponse plus nuancée.
Gains locaux vs Impact global
Le consensus issu des grandes études est assez clair. Si vous vous entraînez sur un jeu de mémoire spécifique, vous allez effectivement devenir très bon… à ce jeu-là. C’est ce qu’on appelle le transfert proche.
En revanche, ce que l’on appelle le transfert lointain — c’est-à-dire l’idée que ces progrès vont se répercuter sur votre intelligence générale, votre réussite professionnelle ou votre capacité à apprendre une langue — reste très incertain. En résumé : jouer à un jeu de mémoire fait de vous un champion du jeu, pas nécessairement un génie du quotidien.
Où investir votre énergie ?
Cela ne signifie pas que vous ne pouvez pas progresser. Cela suggère simplement de changer de stratégie. Pour gagner en efficacité, il est souvent plus rentable de travailler sur des leviers concrets plutôt que sur un entraînement abstrait :
- L’expertise : Plus vous maîtrisez un sujet, moins il pèse sur votre mémoire de travail (car vous créez des blocs d’informations plus denses).
- La réduction de la charge cognitive : Apprenez à déléguer les tâches secondaires (noter, organiser, utiliser des outils) pour libérer de l’espace mental pour l’essentiel.
- L’hygiène attentionnelle : Protégez votre focus en éliminant les distractions et en gérant mieux votre fatigue et votre stress.
L’essentiel à retenir
Plutôt que de chercher à agrandir la taille de votre « RAM » mentale par des exercices répétitifs, apprenez à mieux l’utiliser. Optimiser votre environnement et vos méthodes de travail aura un impact bien plus direct et visible sur votre productivité que n’importe quelle application de gymnastique cérébrale.

Optimiser sa puissance mentale : comment faire mieux avec ses ressources actuelles
Plutôt que d’essayer d’augmenter la taille brute de votre mémoire de travail (ce qui est très difficile), la stratégie la plus efficace consiste à en optimiser l’usage. C’est ce qu’on appelle l’ingénierie cognitive : organiser ses tâches et ses habitudes pour que chaque unité d’attention soit utilisée à son plein potentiel.
1. Alléger la charge inutile (Le nettoyage du système)
Le premier levier consiste à réduire ce que les chercheurs appellent la « charge extrinsèque ». C’est tout ce qui consomme de l’énergie mentale sans contribuer directement à la résolution de votre problème.
- Simplifiez le processus : Utilisez des consignes ultra-claires et découpez vos projets en étapes visibles.
- Évitez le multitâche : Passer d’une application à l’autre fragmente votre attention et sature votre mémoire de travail inutilement.
- Structurez l’info : Plus une information est organisée, moins elle demande d’effort pour être traitée.
2. Externaliser pour libérer de l’espace
Considérer que l’on doit tout garder en tête est une erreur stratégique. Utiliser des supports externes n’est pas un aveu de faiblesse, c’est une technique de haute performance.
- Utilisez des « cerveaux de secours » : Checklists, schémas, notes rapides ou rappels visuels.
- Le bénéfice : En posant une information sur papier ou sur un écran, vous la sortez de votre foyer attentionnel. Cela libère immédiatement de la place pour le traitement critique et la réflexion de haut niveau.

3. Compresser l’information par l’expertise (Le Chunking)
Plus vous devenez expert dans un domaine, plus votre mémoire de travail devient efficace.
- Apprenez les « patterns » : Un expert ne voit pas dix petits détails isolés, il voit une seule structure cohérente (un bloc ou « chunk »).
- Le bénéfice : Cette compression de l’information permet de manipuler des concepts beaucoup plus complexes sans saturer votre limite de 3 ou 4 éléments.
4. Protéger son attention (La stratégie du sanctuaire)
Comme le soulignait Engle, la mémoire de travail s’effondre dès que l’attention s’échappe. Le meilleur multiplicateur de performance est souvent environnemental.
- Minimisez les interférences : Coupez les notifications, travaillez dans un environnement calme ou utilisez des outils de blocage de distractions.
- Maintenez le cap : Moins vous avez de tentations de dévier de votre tâche, plus votre attention exécutive reste forte et disponible pour votre objectif principal.

5. Automatiser les bases (Le mode « Pilote automatique »)
Moins vous avez à réfléchir aux détails techniques, plus vous pouvez vous concentrer sur la stratégie.
- Créez des routines : Transformez les sous-tâches répétitives en automatismes (procédures de travail, raccourcis clavier, gestes techniques).
- Le bénéfice : Une tâche automatisée ne consomme presque plus de mémoire de travail. Cela libère tout votre processeur mental pour le raisonnement complexe et la créativité.
L’essentiel à retenir
La performance n’est pas une question de capacité brute, mais de gestion de flux. En automatisant vos bases et en externalisant le superflu, vous permettez à votre « poste de pilotage » de se concentrer sur ce qui compte vraiment : la prise de décision et la résolution de problèmes.

« Mémoire de travail » : un nom mal choisi ?
Oui et non. Dans le langage courant, le mot « mémoire » évoque immédiatement un disque dur ou un entrepôt où l’on range des informations pour plus tard. Or, la mémoire de travail ne se contente pas de stocker : elle agit.
Pourquoi on pense « Processeur »
En réalité, la mémoire de travail passe le plus clair de son temps à effectuer des tâches exécutives :
- Maintenir une information sous le regard.
- Manipuler et transformer des données.
- Filtrer les éléments inutiles (inhibition).
- Coordonner l’attention pour ne pas perdre le fil.
C’est précisément ce que défendent des chercheurs comme Randall W. Engle : selon eux, ce qui nous rend plus ou moins performants, ce n’est pas la « taille » de notre mémoire, mais la force de notre contrôle attentionnel. En clair, c’est la puissance de notre processeur, pas la capacité de notre étagère.
L’analogie du Plan de Travail (La Cuisine)
Imaginez que votre cerveau est une cuisine de restaurant en plein « coup de feu ».
- Le comptoir (Mémoire de travail) : C’est votre espace pour cuisiner. C’est là que vous posez vos ingrédients, votre planche à découper et vos couteaux. C’est un espace physique limité : si vous essayez de préparer dix plats sur un plan de travail de 50 cm, c’est le chaos.
- Le Chef (Attention / Processeur) : C’est vous. Vous ne vous contentez pas de regarder les légumes ; vous les coupez, vous les mélangez, vous surveillez la cuisson. C’est l’action.
- Le Garde-manger (Mémoire à long terme) : C’est tout ce que vous savez. Les recettes sont dans les livres sur l’étagère, les ingrédients sont au frigo. Ils sont là, mais ils ne « cuisent » pas tant que vous ne les avez pas sortis sur le comptoir.
Le message : Ce qu’on appelle « mémoire de travail », c’est en fait la taille de votre comptoir combinée à votre vitesse de découpe. Si le comptoir est encombré de trucs inutiles (distractions), le Chef ne peut plus bosser, même s’il est étoilé.
En clair :
Si « mémoire de travail » est resté le terme officiel, c’est par héritage historique. Un nom comme « système d’attention active » serait sans doute plus précis.
Ce n’est donc pas juste un espace de stockage, ni juste un moteur de calcul. C’est l’interface dynamique qui permet de garder une information « sous la main » tout en travaillant dessus. C’est votre poste de pilotage en temps réel.

Pour aller plus loin
Cet article s’appuie sur les recherches majeures qui ont façonné notre compréhension de l’intelligence et de l’attention. Pour explorer l’architecture de notre « poste de pilotage », nous nous référons aux travaux fondateurs de George Miller (1956) sur les limites du stockage, ainsi qu’aux modèles multicomposants d’Alan Baddeley (2000, 2012), qui a introduit le concept crucial de « buffer épisodique » pour expliquer comment nous lions nos souvenirs à nos actions présentes.
La vision plus moderne de la mémoire comme un « faisceau attentionnel » repose sur les études de Nelson Cowan (2001) sur le chiffre magique 4, et sur les travaux de Klaus Oberauer (2002) concernant l’accès sélectif aux informations. Si vous souhaitez approfondir l’idée que la mémoire est avant tout un outil de contrôle et de résistance aux distractions, les recherches de Randall Engle (2002, 2018) sur l’attention exécutive font autorité, tout comme la synthèse d’Adele Diamond (2013) sur les fonctions exécutives.
Pour les applications concrètes en apprentissage, nous suivons la Théorie de la Charge Cognitive de John Sweller (1988, 2011), qui explique comment optimiser le transfert d’informations vers la mémoire à long terme. Les difficultés spécifiques rencontrées en milieu scolaire et les profils d’apprentissage sont documentés par les travaux de Susan Gathercole et Tracey Alloway (2008).
Enfin, concernant les promesses du « brain training », notre analyse s’appuie sur la méta-analyse rigoureuse de Melby-Lervåg, Hulme et collègues (2016), qui remet en question l’efficacité réelle de ces entraînements sur l’intelligence générale.



