Le « Try Harder » de la mémoire : Dans la tête de Flo

Florent Favre aborde la mnémotechnie comme un jeu vidéo. Découvrez le parcours fascinant d’un talent qui pulvérise ses propres limites et se fait remarquer dans les compétitions internationales.


Il y a à peine un an, ses scores sur le tableau de la French Team montraient un potentiel certain, mais modeste. Aujourd’hui, il bouscule les sommets mondiaux. Flo, qui est arrivé sous le pseudonyme « Xorx » au sein de l’Association des Sportifs de la Mémoire (ASM), vient de frapper un grand coup.

En se hissant à la 2e place de la Memory Champion League (Saison 3) de Strong Mind, juste derrière le prodige indien Vishvaa, et à la 3e place du Memovate 2 derrière Vishvaa et Naoki Miwa, Flo prouve que son approche « try hard » porte ses fruits. Pour mesurer l’exploit, il faut rappeler qui est Vishvaa : à seulement 19 ans, cet étudiant en informatique occupe la 3e place mondiale et domine la discipline avec une approche basée sur la patience et la stratégie. En 2025, il obtient le titre de Champion du Monde. Tenir tête à de tels titans en si peu de temps relève de la prouesse.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En mars 2025, Flo enregistrait 180 aux images IAM et 20 aux Inter Names. Un an plus tard, ses scores ont explosé : 427 aux images, 50 aux Inter Names, et 79 aux dates. Comment passe-t-on de la division 4 sur Memory League à ce niveau d’excellence en si peu de temps ? Plongée dans la tête d’un athlète atypique.


L’étincelle et les lunettes extravagantes

Comme beaucoup, l’histoire de Flo avec la mémoire commence par un mélange de fascination et de défi. Tout part d’une rencontre avec un adepte de la mnémotechnie aux lunettes extravagantes, nommé Wilson. Flo a 15 ans à ce moment-là. Testé sur une liste de 20 mots, Wilson réalise un sans-faute.

La réaction de Flo ? De la stupéfaction et une pointe d’envie immédiate. Le lendemain, Wilson est encore capable de lui réciter une deuxième fois la liste. L’engrenage est lancé.

Mais le véritable déclic survient des années plus tard lors d’un documentaire sur les championnats du monde de mémoire avec Marvin, le champion suédois, et Joël le français qui mémorisait les plaques d’immatriculation de bateaux, ainsi qu’une vidéo sur Youtube de Guillaume Petit-Jean sur Popcorn, qui le conduisent tout droit sur le Discord de l’ASM, où il croise Nicolas Pommies, le champion de France 2025. L’immersion commence.


Construire son « Millenium » : Le piège de la perfection

Dès le départ, Flo voit grand. Il veut faire des championnats. Il s’attaque directement à la création d’un système « Millenium » (un système de mémorisation à 1000 images).

Perfectionniste, il s’isole pendant trois semaines pour le construire, sans même s’entraîner aux épreuves. Mais au contact de vétérans comme Nathan, il réalise que son système est … incomplet et pourrait être encore plus ambitieux. Il efface tout et recommence pour un système Personnage-Objet, donc 2000 images ! … bien plus tard il abandonnera ce système pour revenir à 1000 images.

C’est là que réside l’une des leçons majeures de son ascension.

Au début, le débutant se perd dans les détails pour créer des histoires parfaites. Flo comprend rapidement, grâce aux conseils aiguisés de Nathan et Nicolas, que la clé est la simplicité absolue.

  • Au-delà de l’image : Il faut prendre la toute première idée qui traverse l’esprit. Ce n’est pas toujours la qualité visuelle qui compte, mais l’impression laissée.

La philosophie du « Try Harder »

L’entraînement de Flo n’est pas un long fleuve tranquille ; il est « énergivore ». Pour passer des paliers, il met une intensité maximale dans ses sessions.

Son approche de l’entraînement se démarque par plusieurs principes :

  • Les sprints de spécialisation : Plutôt que de saupoudrer son effort sur toutes les épreuves, Flo fonctionne par cycles courts de 1 à 3 semaines dédiés à une seule discipline. C’est là qu’il provoque les déclics, notamment sur la vitesse.
  • La mémoire comme un jeu vidéo : Grand amateur de jeux vidéo et de sport, il aborde la mémorisation avec le même état d’esprit « try hard ». Gamin, il chronométrait déjà ses sprints entre sa fenêtre et son lit, ou classait ses petites voitures à friction selon la distance parcourue. Faire des classements, noter des scores et voir la jauge d’expérience monter fait partie de son ADN.

« Je pouvais me lancer des défis totalement aléatoires : je partais de mon lit avec un ballon, je courais jusqu’à la fenêtre puis je revenais au lit, en me chronométrant. »

  • L’état d’esprit de progression : Selon lui, entre deux joueurs de même niveau, celui qui progresse est simplement celui dont l’objectif principal est de progresser, plutôt que de se contenter de répéter la même routine.

Gérer la pression face aux machines de guerre

Dans les tournois, la pression pourrait être écrasante, surtout face à des joueurs capables d’ingurgiter 400 chiffres en cinq minutes. La méthode de Flo pour gérer le stress est la rationalisation.

S’inspirant de figures comme Andrea Muzii (qui regarde le passé positivement et le futur négativement pour éliminer la peur du pire), Flo se concentre uniquement sur sa moyenne. Les records personnels (PB) le motivent à l’entraînement, mais en compétition, seule la stabilité compte et il se focalise donc sur ses résultats « moyens ».

Il relativise l’enjeu : « Je serai content de rencontrer plein de gens, et au pire si je rate, je referai une saison de plus. » Une routine basée sur la respiration et parfois la musique lui permet d’entrer dans sa bulle avant le coup d’envoi.

Quel avenir pour les sports de mémoire ?

Devenu arbitre sur Memory League pour s’investir dans la communauté, Flo pose un regard lucide sur son sport. Pour lui, le format en ligne avec des épreuves courtes est idéal, tandis que les championnats en présentiel gagneraient à être moins punitifs pour vraiment montrer jusqu’où le cerveau humain peut aller.

Il pressent qu’une explosion populaire de la discipline ne viendra que par un format viral, quelque chose qui relierait le côté « magique » de ces techniques à des applications utiles dans la vie de tous les jours.

En attendant ce grand boum, Flo continue de repousser ses propres limites. Son prochain objectif absolu ?

« Je n’ai pas vraiment d’objectif absolu… mais battre des records en binaire, ça me ferait marrer ! »

Vous voulez en savoir plus sur l’équipe de France des Sports de Mémoire et sur ses athlètes ? Alors c’est ici que ça se passe : « Equipe de France » !