Notre mémoire est loin d’être infaillible. Cet article explore les biais cognitifs liés à la mémoire, comme le biais de confirmation, le biais de rétrospection ou l’effet de désinformation, et montre comment ils déforment nos souvenirs de façon systématique.

La mémoire humaine est une faculté aussi fascinante que faillible. Contrairement à un enregistrement vidéo fidèle, nos souvenirs sont souvent altérés, réorganisés, reconstruits — parfois sans que nous en ayons conscience. Ces altérations sont influencées par des mécanismes cognitifs appelés biais de mémoire. Ces biais ne sont pas des erreurs aléatoires : ils suivent des patterns précis, issus de notre fonctionnement cérébral et émotionnel.
Qu’est-ce qu’un biais de mémoire ?
Un biais cognitif est une distorsion systématique du traitement de l’information. Lorsqu’il s’applique à la mémoire, il affecte la manière dont nous encodons, stockons ou rappelons une information. Ces biais peuvent concerner :
- Le contenu d’un souvenir (ce que nous retenons ou oublions)
- Sa valence émotionnelle (comment nous l’évaluons, positivement ou négativement)
- Son chronologie (ordre ou datation des faits)
- Son origine (source réelle ou imaginaire)
Les principaux biais liés à la mémoire
Le biais de confirmation
Nous avons tendance à mieux mémoriser les informations qui confirment nos croyances préexistantes et à négliger ou oublier celles qui les contredisent.
Exemple : une personne convaincue que « les chats sont distants » retiendra davantage les anecdotes confirmant cette idée, même si elle a vécu des moments de tendresse avec des félins.

Le biais de confirmation est la tendance naturelle à chercher, interpréter, privilégier et mémoriser les informations qui confirment nos croyances ou hypothèses préexistantes — et à ignorer ou rejeter celles qui les contredisent.
Exemple concret
Si tu es convaincu que le sucre rend les enfants hyperactifs :
- Tu remarqueras surtout les moments où un enfant devient agité après avoir mangé un bonbon.
- Tu oublieras les moments où il a mangé sucré sans devenir surexcité.
- Tu chercheras des études qui vont dans ton sens et rejetteras celles qui concluent le contraire.
En mémoire, ça donne quoi ?
Le biais de confirmation influence :
- Ce que tu choisis de mémoriser (tu retiens plus facilement les faits qui vont dans ton sens).
- La distorsion de souvenirs (tu reformules inconsciemment les événements pour qu’ils cadrent avec ce que tu crois).
- La reconstruction : quand tu remémores un souvenir, tu peux le modifier pour qu’il alimente ta conviction initiale.
Par exemple, si tu crois qu’un collègue ne t’aime pas, tu te rappelleras surtout des signes négatifs (un silence, une moue), et tu oublieras un sourire ou un compliment.
Pourquoi c’est un problème ?
Parce qu’il enferme la mémoire dans une bulle de cohérence illusoire :
- On a l’impression d’avoir une mémoire fidèle alors qu’elle est partielle.
- On renforce nos idées fausses.
- On devient moins apte à apprendre ou à évoluer.
Comment le contourner dans un apprentissage ou un entraînement à la mémoire ?
- S’entraîner à noter aussi ce qui contredit ce qu’on pense.
- Pratiquer l’avocat du diable : chercher volontairement des exemples ou des données opposées.
- Mémoriser avec des points de vue opposés dans les loci : par exemple, créer une salle “pro” et une salle “anti” pour chaque sujet à mémoriser.
- Tenir un journal d’auto-observation : noter quand on se surprend à rejeter une info “parce qu’elle ne nous plaît pas”.
Le biais de rétrospection (hindsight bias)
Ce biais nous pousse à croire, après coup, que nous « savions déjà » qu’un événement allait se produire.
Exemple : après une rupture, on peut se dire « je l’avais senti venir », alors qu’aucun élément clair ne le laissait présager au moment des faits.

Le biais de rétrospection est la tendance à croire, une fois qu’un événement s’est produit, qu’on savait ou prévoyait ce résultat depuis le début, même si ce n’était pas le cas.
On résume souvent ce biais par l’expression : « Je le savais ! »
Exemple concret
Tu apprends qu’un collègue a démissionné. Tu te dis :
« Ça ne m’étonne pas, il avait l’air bizarre ces derniers temps. »
Mais si tu fouilles honnêtement ta mémoire, tu te rends compte que tu n’avais rien remarqué de particulier — ou même que tu pensais qu’il allait rester.
Ce que ça fait à la mémoire
Le biais de rétrospection modifie tes souvenirs :
- Tu crois avoir prévu ou pressenti un événement, alors que tu n’as fait qu’interpréter les faits après coup.
Tu reconstruis mentalement des pensées ou des émotions passées… qui ne s’y trouvaient pas à l’origine.
Pourquoi c’est un biais dangereux ?
Parce qu’il :
- Te donne une fausse impression de maîtrise : tu crois que le monde est plus prévisible qu’il ne l’est vraiment.
- Te fait oublier tes erreurs de jugement passées, ce qui t’empêche d’apprendre d’elles.
- Brouille les souvenirs collectifs : en groupe, on croit souvent qu’« on l’avait vu venir », alors que personne ne l’avait dit avant que ça n’arrive.
Impact en apprentissage et en mémoire
Dans le cadre de l’entraînement à la mémoire :
- Il peut fausser ton auto-évaluation : tu crois avoir toujours su une information, donc tu ne la révises pas assez.
- Il rend difficile l’analyse des erreurs : tu oublies que tu t’es trompé, ou tu reconstruis ton raisonnement pour qu’il ait l’air plus logique qu’il ne l’était.
Comment limiter son effet ?
- Tenir des journaux d’apprentissage ou de prédiction : note ce que tu crois avant d’avoir la réponse. Reviens-y ensuite.
- Comparer tes intuitions à des données réelles : ne fais pas confiance à ta mémoire sans preuve.
- Utiliser la métacognition : prends conscience que ton cerveau aime réécrire le passé pour se rassurer.
Le biais de cohérence
La mémoire tend à réorganiser les souvenirs pour les rendre plus logiques ou cohérents avec notre histoire personnelle.
Exemple : on peut se rappeler avoir toujours voulu devenir enseignant, même si cette vocation n’est apparue qu’à l’université.

Le biais de cohérence est la tendance à reconstruire nos souvenirs, jugements ou impressions passées de manière à ce qu’ils soient cohérents avec ce que nous savons, croyons ou ressentons aujourd’hui. Autrement dit, on réécrit le passé pour qu’il ait toujours semblé logique, même s’il ne l’était pas.
Exemple concret
Tu es aujourd’hui fâché avec un ami. Le biais de cohérence peut te faire dire :
« En fait, je n’ai jamais vraiment eu confiance en lui. »
Alors qu’en réalité, si tu retrouvais tes messages ou journaux intimes, tu verrais que tu l’admirais profondément il y a un an.
En quoi c’est différent du biais de rétrospection ?
- Le biais de rétrospection agit sur l’issue d’un événement (« je le savais ! »).
- Le biais de cohérence agit sur l’ensemble du récit personnel ou des jugements moraux passés, pour qu’ils cadrent avec ce que tu penses aujourd’hui.
Dans la mémoire, ça donne quoi ?
Le biais de cohérence :
- Te pousse à modifier tes souvenirs anciens pour qu’ils soient compatibles avec ton état actuel.
- Rend difficile la reconnaissance de changements d’avis ou de contradictions dans ton parcours.
- Crée l’illusion d’avoir toujours été « le même », avec les mêmes valeurs et les mêmes raisonnements — alors que ce n’est pas vrai.
C’est un biais identitaire autant que mnésique.
Pourquoi il peut poser problème ?
- Il fausse les souvenirs autobiographiques, ce qui nuit à l’apprentissage de ses propres erreurs ou évolutions.
- Il rend les gens excessivement sûrs d’eux : « j’ai toujours pensé ça », « j’ai toujours agi de cette manière ».
- Il rigidifie l’opinion et nuit à l’ouverture d’esprit : on se raconte un récit de soi trop linéaire, trop rationnel, trop propre.
En entraînement à la mémoire ou en introspection
Ce biais peut :
- Te faire oublier des hésitations ou des versions alternatives d’un souvenir.
- Te pousser à justifier de manière post-hoc une décision mémorisée (par ex. : “j’ai retenu ce mot parce qu’il est évident”, alors qu’en réalité tu avais galéré).
Comment le détecter ou le contourner ?
- En gardant des traces écrites ou audio de tes opinions, idées, ressentis — pour pouvoir constater les écarts réels avec le temps.
- En faisant l’exercice du témoignage multiple : raconter un souvenir depuis différents points de vue (le tien d’alors, celui d’un autre, celui que tu aurais pu avoir).
- En acceptant la non-cohérence comme normale et saine : nos souvenirs ne sont pas des archives neutres, mais des récits vivants.
Le biais de l’auto-complaisance (self-serving bias)
On a tendance à se souvenir plus facilement des succès que des échecs, ou à attribuer les erreurs à des facteurs externes.
Exemple : un étudiant se souvient parfaitement de sa note exceptionnelle à un examen difficile, mais minimise ou oublie une mauvaise note en l’attribuant à l’injustice du professeur.

Le biais de l’auto-complaisance, c’est la tendance à :
- S’attribuer le mérite des réussites (ex : “j’ai eu une bonne note parce que je suis intelligent, j’ai bien travaillé”),
- Et à rejeter la faute des échecs sur des causes extérieures (ex : “j’ai raté parce que l’examen était mal fait, le prof est injuste”).
Ce biais est un mécanisme inconscient de protection de l’estime de soi.
Exemples concrets
- Un sportif qui gagne dit : « J’ai été bon, je me suis bien préparé. »
Il perd ? « L’arbitre était nul. Le terrain était pourri. » - En entreprise : « J’ai réussi ce projet parce que j’ai été efficace. »
Mais si ça rate : « Le client a changé d’avis au dernier moment. »
Impact sur la mémoire
Comme beaucoup de biais cognitifs, celui-ci modifie aussi nos souvenirs. Avec le temps, tu peux :
- Oublier ou minimiser ton rôle dans des échecs.
- Amplifier ou idéaliser ton rôle dans des succès.
Cela peut même te faire croire, sincèrement, que tu as toujours eu raison… ou que les autres ont toujours eu tort, même quand les faits étaient plus nuancés.
Variante : la mémoire en contexte social
Ce biais est encore plus fort quand :
- Tu veux préserver ton image auprès des autres (ex. en entretien, en couple, au travail).
- Tu veux échapper à une remise en question pénible (ton cerveau préfère te protéger que te corriger).
Et il peut aussi être inversé chez certaines personnes (notamment en dépression ou en manque de confiance), qui s’attribuent trop la faute, même quand ce n’est pas justifié.
Conséquences
- Sur soi-même : le biais empêche d’apprendre de ses erreurs, de progresser, de se remettre en question.
- Sur les autres : il nourrit les malentendus, les injustices perçues, les conflits non résolus.
- En mémoire : il colore les souvenirs d’un filtre flatteur ou accusateur selon les cas.
Comment le repérer ou s’en détacher ?
- Se poser honnêtement la question : « Si ça avait été quelqu’un d’autre, j’aurais pensé quoi ? »
- Tenir un journal factuel (ce qui dépendait de moi / ce qui n’en dépendait pas).
- En équipe : confronter les récits sans jugement pour voir les angles morts de chacun.
Le biais de négativité
Les souvenirs émotionnellement négatifs ont plus d’impact et sont mieux mémorisés que les positifs (effet de négativité), surtout en situation de stress.
Exemple : une remarque désagréable reçue au travail peut occulter une série de compliments faits la veille.

Le biais de négativité, c’est notre tendance naturelle à accorder plus de poids, d’attention et de mémoire aux événements négatifs qu’aux événements positifs ou neutres.
Une insulte marque plus qu’un compliment.
Une mauvaise note hante plus qu’une série de réussites.
Une critique nous obsède, même au milieu d’éloges.
Pourquoi ce biais existe-t-il ?
C’est un héritage évolutionnaire :
- Repérer un danger (prédateur, poison, exclusion sociale) avait des conséquences vitales.
- Ignorer un compliment ou un événement agréable… était sans grand danger.
Le cerveau s’est donc câblé pour prioriser le négatif, afin de nous maintenir en alerte et nous aider à survivre.
Manifestations concrètes
- Tu te souviens mieux d’un moment embarrassant que d’un moment où on t’a félicité.
- Tu te remémores plus longtemps les critiques que les compliments.
- Dans un feedback, une remarque négative efface dix remarques positives.
- Tu anticipes plus facilement ce qui peut mal tourner que ce qui peut bien se passer.
Dans la mémoire
Le biais de négativité agit à plusieurs niveaux :
- Encodage : les événements négatifs sont traités plus intensément (activation de l’amygdale, zone émotionnelle).
- Consolidation : ils laissent une trace plus forte dans la mémoire à long terme.
- Rappel : on les évoque plus souvent, parfois même de manière intrusive.
Ce biais explique pourquoi certaines humiliations ou blessures psychologiques restent gravées, même après des années.
En apprentissage et entraînement à la mémoire
- Ce biais peut parasiter la motivation : tu retiens davantage tes échecs que tes progrès.
- Il peut fausser l’auto-évaluation : tu crois que tu « n’as pas de mémoire », alors que tu retiens juste mieux… le négatif !
- Il peut aussi être utilisé à ton avantage : par exemple, pour mémoriser une information, l’associer à un danger ou un échec fictif peut en renforcer la trace.
Conséquences psychologiques
- Pessimisme cognitif : tendance à voir le verre à moitié vide.
- Ruminations : pensées négatives qui tournent en boucle.
- Mauvaise estime de soi : tu te rappelles plus facilement ce que tu fais mal que ce que tu fais bien.
Comment limiter son influence ?
- Journal de gratitude : noter chaque jour ce qui s’est bien passé contrebalance naturellement ce biais.
- Exposition positive : se replonger dans les réussites passées, relire ses compliments, valoriser ses progrès.
- Revisiter consciemment les souvenirs positifs : les associer à des images fortes, à des lieux (palais mental), ou à des émotions vives.
L’effet de désinformation (Loftus & Palmer, 1974)
Un souvenir peut être altéré par des informations fournies après coup, notamment par des formulations biaisées.
Étude célèbre : après avoir visionné une scène d’accident, des participants à qui on posait la question « À quelle vitesse les voitures se sont-elles percutées ? » estimaient des vitesses supérieures à ceux à qui on demandait « À quelle vitesse les voitures se sont-elles heurtées ? »

L’effet de désinformation, c’est la tendance qu’a la mémoire humaine à intégrer de fausses informations dans ses souvenirs, après coup, simplement parce que ces informations ont été suggérées ou insinuées.
Autrement dit : notre mémoire peut être modifiée par la manière dont on nous pose une question ou par ce qu’on nous dit après l’événement.
L’expérience classique (Loftus & Palmer, 1974)
Voici comment ça s’est passé :
- Participants : des volontaires regardent une courte vidéo montrant un accident de voiture.
- Après la vidéo, on leur pose une question sur la vitesse des voitures.
Mais la formulation change selon les groupes :
- Groupe 1 : « À quelle vitesse allaient les voitures quand elles se sont percutées ? »
- Groupe 2 : « À quelle vitesse allaient les voitures quand elles se sont tamponnées ? »
- Groupe 3 : « …quand elles se sont rentrées dedans ? »
- Groupe 4 : « …quand elles se sont écrasées ? »
- Etc.
Résultat : les verbes plus violents (écrasées, percutées) ont entraîné des estimations de vitesse plus élevées, bien au-delà de ce qui s’était réellement passé.
Étape 2 : souvenir modifié
Une semaine plus tard, on demande aux mêmes participants :
« Avez-vous vu du verre brisé ? »
Il n’y avait aucun verre brisé dans la vidéo.
Et pourtant : Les personnes à qui on avait parlé de voitures qui s’étaient “écrasées” ont été plus nombreuses à se souvenir de verre brisé… qui n’existait pas.
Ce que ça prouve
Cette étude montre que :
- La mémoire n’est pas une caméra. Elle est malléable, reconstructive, influençable.
- Une simple suggestion verbale suffit à modifier un souvenir.
Ce qu’on croit vivre comme un souvenir clair… peut être fabriqué après coup, à partir de fausses infos.
Implications (très sérieuses)
- En justice, les témoignages oculaires peuvent être gravement faussés.
- En thérapie, certains souvenirs “retrouvés” peuvent être induits par des suggestions involontaires.
- En éducation, la façon de poser une question influence ce que l’élève “se souvient” avoir appris.
- En manipulation médiatique, des formules biaisées peuvent reprogrammer la perception d’un événement.
L’effet dans le domaine de la mémoire
- Les limites de la mémoire humaine : ce qu’on retient n’est pas toujours ce qui s’est passé.
- L’importance de formuler avec neutralité les questions en entraînement mémoire.
- Les risques de “pollution mnésique” quand on mélange sources, reconstitutions et relectures.
Le biais de source
C’est la confusion entre l’origine réelle d’une information et une autre source (film, rêve, conversation…).
Exemple : on croit avoir vécu un événement raconté par un proche, alors qu’on l’a seulement entendu ou rêvé.

Le biais de source, ou erreur d’attribution de source, survient quand on se rappelle d’une information, mais qu’on se trompe sur son origine.
Autrement dit : tu te souviens du contenu, mais tu ne sais plus où, quand, ni de qui tu l’as appris — ou pire, tu t’en souviens mal.
Exemples concrets
- Tu affirmes une information, persuadé de l’avoir lue dans une étude scientifique… alors que c’était une conversation de bistrot ou un post Facebook.
- Tu crois avoir inventé une idée, mais tu l’as en réalité entendue chez quelqu’un d’autre (phénomène appelé cryptomnésie).
- Tu te rappelles une anecdote, mais tu confonds les protagonistes : tu l’attribues à ton frère alors que c’était ton cousin.
Pourquoi ça arrive ?
Parce que la mémoire épisodique (les souvenirs contextualisés) est fragile. Quand tu retiens une information :
- Tu retiens surtout le contenu (le quoi),
- Et beaucoup moins bien la source (le qui, où, quand).
Avec le temps, la mémoire de la source s’efface plus vite que la mémoire du contenu. Ton cerveau comble les blancs… parfois de travers.
En mémoire, quelles sont les conséquences ?
- Tu risques de donner trop de crédit à une fausse information, simplement parce que tu penses qu’elle vient d’un expert ou d’une source fiable.
- Tu peux mélanger plusieurs souvenirs et créer un nouveau récit composite, inexact.
- Tu peux inventer de faux souvenirs si tu attribues à tort une information à ton vécu personnel.
Lien avec d’autres biais
- Effet de désinformation : si une info t’est suggérée après coup, tu peux l’intégrer à ton souvenir et croire qu’elle en faisait partie.
- Biais d’autorité : si tu crois qu’une info vient d’un expert, tu lui accorderas plus de crédit — même si ce n’est pas vrai.
- Biais de familiarité : si tu entends plusieurs fois une info, tu crois qu’elle est vraie, sans te souvenir de sa source.
Problèmes concrets
- En journalisme, cela mène à des citations mal attribuées ou à des infox partagées de bonne foi.
- En témoignage judiciaire, les témoins peuvent mélanger leurs souvenirs à ceux d’autres personnes.
- En apprentissage, tu peux croire que tu tiens une info solide alors qu’elle est issue d’une source non vérifiée.
Comment s’en prémunir ?
- Noter ses sources : à l’écrit ou dans un logiciel de prise de notes (comme Zettelkasten ou Obsidian).
- Évaluer la fiabilité d’une info dès que tu l’apprends : noter d’où elle vient et pourquoi elle te semble crédible (ou pas).
- Confronter régulièrement tes souvenirs à des faits vérifiables.
- S’entraîner à mémoriser non seulement les infos, mais leur contexte : lieu, personne, support (livre, vidéo, etc.).
Pourquoi ces biais existent-ils ?
Ces biais sont adaptatifs. Le cerveau humain n’est pas conçu pour stocker tout ce qu’il perçoit, mais pour prioriser, généraliser et prendre des décisions rapides. Les biais :
- Allègent la charge cognitive
- Favorisent la survie sociale (confiance en soi, cohérence personnelle)
- Filtrent l’information selon sa pertinence émotionnelle ou contextuelle
Implications pratiques
En éducation
Les étudiants peuvent mal évaluer leurs compétences ou retenir des erreurs. D’où l’importance de l’auto-évaluation objective et du feedback externe.
En justice
Le témoignage oculaire est hautement influençable. L’effet de désinformation et les biais de source posent problème dans les reconstitutions judiciaires.
En développement personnel
Mieux connaître ses biais aide à prendre du recul sur ses souvenirs, et à mieux comprendre ses réactions émotionnelles.
Comment limiter les biais de mémoire ?
- Utiliser des techniques de consolidation active (répétition espacée, rappel actif)
- Écrire ses souvenirs dans un journal pour conserver une trace fiable
- Croiser ses souvenirs avec des faits ou témoignages externes
- Cultiver un regard critique sur ses propres croyances
Pour aller plus loin – Références scientifiques
- Loftus, E. F., & Palmer, J. C. (1974). Reconstruction of automobile destruction: An example of the interaction between language and memory. Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior, 13(5), 585–589.
- Schacter, D. L. (2001). The Seven Sins of Memory: How the Mind Forgets and Remembers. Houghton Mifflin Harcourt.
- Tversky, A., & Kahneman, D. (1974). Judgment under Uncertainty: Heuristics and Biases. Science, 185(4157), 1124–1131.
- Roediger, H. L., & McDermott, K. B. (1995). Creating false memories: Remembering words not presented in lists. Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory, and Cognition, 21(4), 803–814.
Conclusion
Les biais de mémoire ne sont pas des « bugs » du cerveau, mais des mécanismes de simplification qui nous permettent de donner du sens au passé, quitte à le transformer. En prendre conscience, c’est mieux comprendre notre subjectivité et apprendre à réconcilier mémoire, vérité et perception.

