On va se dire les termes : mémoriser, c’est souvent une corvée. Mais si tu as la flemme, ce n’est pas parce que tu es paresseux, c’est parce que ton cerveau refuse de bosser pour rien. On décrypte ensemble les méthodes qui te font perdre ton temps et celles qui, scientifiquement, changent la donne pour apprendre sans s’épuiser.

On va être honnêtes : s’asseoir devant un cours ou un dossier technique pour le « rentrer dans le crâne », c’est souvent la dernière chose qu’on a envie de faire. Mais avant de te flageller à coups de « je suis procrastinateur » ou « j’ai pas de mémoire », sache qu’il y a des explications scientifiques à ce blocage. Spoiler : ta flemme est en fait un mécanisme de défense assez logique.
Ta flemme n’est pas un défaut de fabrication
Culpabiliser ne sert à rien. La science (Inzlicht et al., 2018) nous dit que l’effort mental est perçu par ton cerveau comme un coût. Si le bénéfice te semble flou ou trop lointain, ton système refuse de payer.
L’équation du cerveau : Ton mental calcule en permanence le ratio » Effort / Plaisir / Utilité « . Si l’utilité est floue, la flemme explose.
Le mythe du réservoir : On a longtemps cru que la volonté était une pile qui se vide. En réalité, c’est une question de priorités. Ton cerveau ne s’épuise pas mécaniquement, il décide juste que « ça ne vaut plus le coup » (Wehrt et al., 2020).
L’idée à retenir : La flemme est un signal. Elle te dit que ta méthode actuelle est soit trop coûteuse, soit totalement inefficace.
Le « Cimetière » des méthodes qui ne marchent pas
On a tous essayé ces techniques pour se rassurer. Problème : elles nous font perdre un temps fou pour un résultat proche de zéro.

La relecture passive (Le « stabilo-thérapie »)
Relire 15 fois la même page en soulignant au fluo ? Zéro utilité. Une étude majeure (Dunlosky et al., 2013) montre que c’est la stratégie la plus répandue, mais l’une des moins efficaces. Ça crée une « illusion de maîtrise » : tu as l’impression de connaître le sujet parce que le texte devient familier, mais ton cerveau n’a rien ancré.
Le bachotage de dernière minute
Le « all-nighter » avant le rush permet de survivre au test, mais efface tout en 48h. C’est l’inverse de la rétention durable. Pourquoi se donner autant de mal pour tout oublier lundi matin ?
Fuir les tests par peur de l’échec
On évite les quiz parce que c’est frustrant de ne pas savoir répondre. Pourtant, se tester est un acte d’apprentissage, pas juste une mesure. Ne pas se tester, c’est comme aller à la salle de sport et regarder les autres soulever des poids sans rien toucher.
Le Kit de Survie (prouvé par la science) pour mémoriser « smart »
Voici comment hacker ton apprentissage pour qu’il soit plus court, mais beaucoup plus rentable.
A. La récupération active (Active Recall)
C’est l’outil n°1 (Karpicke & Roediger, 2008). Le concept : Ferme ton livre. Prends une feuille blanche ou utilise une appli de flashcards (Anki, Quizlet). Force-toi à sortir l’info de ton cerveau.
Pourquoi ça marche ? C’est l’effort de chercher l’info qui crée la connexion neuronale, pas le fait de la lire.
B. L’espacement (Spaced Repetition)
Mieux vaut 3 séances de 20 minutes réparties sur la semaine qu’un bloc de 2h le dimanche.
L’avantage flemme : C’est psychologiquement plus facile de se motiver pour 20 min. En plus, l’espacement réduit drastiquement le temps total nécessaire pour retenir une info à vie (Latimier et al., 2021).
C. Les « Difficultés Désirables »
Si c’est trop facile, tu n’apprends pas. Mélange tes sujets (on appelle ça l’interleaving). Si tu révises du marketing, ne fais pas 3h de SEO. Fais 20 min de SEO, 20 min de compta, 20 min de droit. Ce petit inconfort oblige ton cerveau à rester en alerte (Taylor & Rohrer, 2010).
D. La technique du « Pourquoi ? »
Au lieu d’apprendre par cœur comme un robot, explique le concept à un pote (ou à ton chat). Si tu ne peux pas l’expliquer simplement, c’est que tu ne l’as pas compris. Relier une info à ce que tu sais déjà crée des « points d’accroche » qui empêchent l’info de glisser.

Comment passer à l’action sans négocier avec soi-même ?
Le plus dur, c’est de lancer la machine. Pour ça, utilise les intentions d’implémentation (Gollwitzer). Ne dis pas « Je vais bosser un peu », dis :
« Si il est 13h30 et que j’ai fini mon café, alors je fais 10 flashcards dans mon canapé. »
En créant ce script « Si… Alors… », tu supprimes la prise de décision. Tu n’as plus besoin de motivation, tu suis juste ton propre protocole.
En résumé : Hacke ta flemme
- Réduis la taille de l’effort : Vise des sessions flash (15-20 min).
- Sois actif : Cache tes notes, interroge-toi.
- Accepte l’inconfort : Si ça chauffe un peu, c’est que ça rentre.
- Planifie le déclencheur : Un moment précis + un lieu précis.
Ta mémoire n’est pas « nulle », elle est juste sélective. Donne-lui les bonnes raisons de s’activer et elle fera le reste.
Pour aller plus loin
Cet article s’appuie sur une synthèse de travaux majeurs en psychologie cognitive et neurosciences. L’analyse du coût de l’effort et de la motivation repose sur les recherches de Inzlicht, Shenhav & Olivola sur le « paradoxe de l’effort », ainsi que sur les modèles d’auto-contrôle de Wehrt. Pour la partie méthodologique, nous nous référons à la méta-analyse de Dunlosky et al. (2013), qui fait autorité sur l’efficacité des techniques d’étude.
Les preuves concernant la supériorité du rappel actif et des tests sont issues des travaux fondateurs de Karpicke & Roediger (Science, 2008). L’impact crucial de l’espacement et de l’interleaving est documenté par les études de Cepeda, Latimier, ainsi que par les recherches de Rohrer & Taylor sur l’apprentissage mélangé. Enfin, les stratégies de passage à l’action par les « intentions d’implémentation » s’appuient sur les travaux de Peter Gollwitzer, référence mondiale sur la psychologie de l’atteinte des objectifs.

