Comment progresser aux Speed Cards ?

Guillaume dG membre de l’ASM vous propose aujourd’hui d’améliorer vos performances pour l’épreuve phare des compétitions de mémoire: les Speed Cards !

Guillaume est un membre actif de l’association qui participe activement à nos activités en ligne et se trouve actuellement (Juin 2021) dans la 3e division de Memory League. Il a commencé à s’entraîner sur l’épreuve des cartes fin 2020 avec un premier temps autour de 6 minutes. En un peu plus de trois mois, il a réussi à mémoriser un paquet complet en moins d’une minute ! Voici ses conseils pour vous améliorer rapidement aux cartes !

Vous venez de vous lancer le défi de retenir un paquet de cartes le plus vite possible ? Vous vous entraînez depuis longtemps mais n’arrivez plus à progresser ? Vous vous demandez comment les meilleurs mondiaux sont capables de retenir un paquet en une dizaine de secondes ? Je vous propose dans cet article plusieurs astuces et conseils pour progresser à l’épreuve de Speed Cards, l’épreuve la plus emblématique des compétitions de mémorisation.

Avant toute chose, je tiens à préciser que comme pour toutes les épreuves de mémoire, il n’y a malheureusement pas de système ou de recette miracle : il faut surtout beaucoup d’entraînement et de détermination, qui sont la force des plus grands champions d’aujourd’hui.

La première étape, pour les débutants, est bien sûr de construire son système et ses palais. L’objet de cet article n’est pas de décrire en détail les différents systèmes, leurs avantages et leurs inconvénients, sujet qui est déjà traité dans de nombreux articles sur internet. Mais dans les grandes lignes, on peut résumer les types de système à :

  • Les systèmes à une carte (une carte = une information) : PAO et dérivés (PA, PO etc…), plus simples à apprendre et maîtriser, et donc plus adaptés aux débutants
  • Les systèmes à deux cartes (deux cartes = une information) : système « Ben », système « Shadow » etc… plus complexes à apprendre mais plus adaptés pour les évènement longs (10-minutes Cards, 1-Hour Cards …)
  • Les systèmes hybrides, comme par exemple le système de Jan Zon (https://forum.artofmemory.com/t/jan-zon-a-new-revolutionary-cards-method/57009)

A plus haut niveau, même si la plupart des athlètes utilisent des systèmes à deux cartes, il y a encore quelques champions qui utilisent des systèmes à une carte : Andrea Muzii par exemple, le n°1 mondial, mais aussi Shijir-Erdene Bat-Enkh, l’actuel détenteur du record du monde (en 12,74s !). En résumé, s’il est important de trouver le système qui fonctionne le mieux pour vous, on ne peut pas tout à fait affirmer qu’il existe des systèmes intrinsèquement supérieurs à d’autres.

Une fois votre système en place, la mémorisation d’un bloc de cartes peut se résumer en 3 étapes :

  • L’ encodage, phase durant laquelle vous transformez l’information brute en information concrète (ex : l’As de Cœur qui se transforme en Harry Potter)
  • La visualisation, phase durant laquelle vous transformez cette information concrète en illustration dans un locus précis (j’ « entends » Harry Potter  -> je visualise le célèbre sorcier cicatrisé à lunettes devant ma porte d’entrée)
  • La mémorisation, phase durant laquelle vous tentez de retenir cette image ainsi formée dans votre tête

Nous allons voir comment travailler, progresser et devenir plus rapide et efficace pour chacune de ces trois étapes séparément. Je vous donnerai également à la fin de l’article quelques pistes pour se créer une routine d’entraînement, car à nouveau, dans ce sport, ce sont surtout le travail et la régularité qui paient !

1. Encodage

CRÉDIT PHOTO Ingenium

Dans un premier temps, c’est sur cette phase que les gains de temps les plus significatifs peuvent être réalisés. De manière illustrative (à moins d’être déjà au top niveau), je pense qu’il faut être capable d’encoder un paquet de cartes en moitié moins de temps que votre objectif total de temps de mémorisation (exemple : 30 secondes d’encodage pour mémoriser un paquet en une minute).

Une des clés pour gagner du temps à l’encodage est, au moment de la construction de votre système, d’avoir une logique facile à retenir

  • Par exemple, pour les systèmes à une carte, il est recommandé d’associer chaque couleur à une catégorie distincte (famille, sportifs, chanteurs, personnages de série etc…)
  • Ensuite, au sein de chaque couleur, la valeur de chaque carte doit elle aussi répondre à une certaine logique, que ce soit 
    • Via le système majeur (exemple : les personnages associés aux 5 doivent commencer par la lettre L)…
    • … ou par une catégorisation logique. A titre personnel, tous les personnages de mon PAO correspondent à des personnages de fiction avec la convention As = personnage principal masculin, Roi = père du héros ou guide spirituel, Dame = personnage principal féminin, Valet = meilleur ami du héros etc…

Une fois le système en place, je recommande de commencer à s’entraîner avec des petits paquets : par exemple les piques, ou les têtes, afin de se familiariser petit à petit avec toutes les cartes du paquet. On peut ensuite apprendre progressivement les autres cartes jusqu’à arriver au paquet complet. 

C’est une bonne chose également de s’entraîner régulièrement à encoder des cartes sans les retenir, et d’essayer d’améliorer ce temps progressivement. On peut bien sûr utiliser des vrais paquets de cartes, mais je recommande également l’application 52Cards sur Android, ou un fichier excel fait maison. (accessible aux membres sur demande!)

Une autre possibilité enfin est de passer la journée avec 1 ou 2 cartes devant les yeux (devant votre bureau par exemple) afin d’habituer votre cerveau à associer cette carte aux P/A/O choisis. A raison de deux cartes par jour, cette méthode vous prendrait moins d’un mois pour vous familiariser entièrement avec un paquet !

2. Visualisation

La deuxième étape du processus de mémorisation consiste à transformer l’information encodée en image. Cette étape, qui peut paraître incompressible à première vue, peut être en réalité largement optimisée avec (beaucoup) d’entraînement, votre cerveau s’habituant progressivement à « fabriquer » des images de plus en plus rapidement.

Au-delà de la vitesse pure, cette étape est avant tout essentielle pour améliorer la précision, et donc diminuer son nombre d’erreurs. Je recommande pour cela de remettre régulièrement en question votre système, et de l’adapter en permanence pour éviter les personnages / objets / actions qui se ressemblent trop ou qui ne sont pas assez mémorables. 

  • A titre d’exemple, dans mon système original, le 8 de trèfle correspondait à Boromir (du Seigneur des Anneaux) et le 8 de carreau à Ned Stark (de Game of Thrones)
  • Ces deux personnages étant joués par le même acteur (Sean Bean), cela prêtait à confusion et j’ai fini par adapter mon système pour ne plus reproduire cette erreur à l’avenir !

De même, il faut aussi régulièrement adapter / mettre à jour son palais, pour éviter les pièces ou lieu qui se ressemblent trop et sont trop souvent inversés.

La plupart des compétiteurs, à un certain point, sont également confrontés, pendant cette phase, à un problème que j’appellerais l’effet « fantôme » : vous confondez le paquet de carte actuel avec un paquet mémorisé dans le passé, les deux se mélangeant et devenant impossibles à distinguer. 

  • La méthode la plus simple pour résoudre ce problème est d’augmenter son nombre de palais pour augmenter le temps écoulé entre deux utilisations du même palais, et ainsi permettre au premier paquet de s’ « effacer » de votre mémoire. Je recommande dans un premier temps de n’utiliser le même palais qu’une fois tous les deux jours, puis une fois par jour. 
  • Mais rassurez-vous, avec le temps, ce problème disparaît de lui-même : votre cerveau est bien fait et comprend avec de l’entraînement qu’il n’a plus besoin de retenir certaines informations plus longtemps que nécessaire.

Si votre objectif à long terme est de faire partie des meilleurs athlètes mondiaux et de descendre en dessous de 30-40 secondes, il faudra appendre à fusionner ces deux premières étapes, c’est-à-dire d’éviter la phase dite de « subvocalisation » où votre cerveau convertit d’abord la/les carte(s) en information sonore avant de « fabriquer » l’image. Là encore, cela demande beaucoup d’entraînement et de détermination !

3. Mémorisation

La dernière étape du processus est la phase de mémorisation pure, c’est-à-dire celle où votre cerveau tente de mémoriser l’image formée lors des deux premières étapes. A nouveau, pour améliorer la précision lors de cette étape, je recommande de former des images marquantes (voire choquantes), et d’essayer de faire interagir le plus possible l’image formée avec le locus. Bien que cette astuce, légèrement chronophage, puisse vous faire perdre du temps au début, votre cerveau va là encore s’habituer à former des interactions le plus vite possible à force d’entraînement.

La clé lors de cette étape est de se faire confiance : bien souvent, vous avez besoin de beaucoup moins de temps pour retenir une information que vous ne le pensez. Pour se forcer à se faire confiance, je recommande fortement l’utilisation d’un métronome pour se forcer à accélérer. Votre meilleur temps est de 3 minutes 30 ? Calibrez le métronome pour 3 minutes. Une fois que vous parviendrez à mémoriser le paquet en 3 minutes, calibrez votre métronome à 2 minutes 45, et ainsi de suite. Je recommande globalement de viser un temps entre 10 et 15% inférieur à votre record personnel

En termes d’outils techniques, je peux vous conseiller :

  • La fonction « Auto Advance Total Time » sur Memory League, qui permet de faire défiler les cartes automatiquement en fonction du temps cible choisi
  • Des métronomes en ligne (par exemple celui-ci : https://www.flutetunes.com/metronome/) qui permettent de mettre des tempos très lents. Le tempo doit être égal à 3.120 / (N x T) avec :
    • N le nombre de cartes par blocs (par exemple 3 dans un système PAO classique)
    • T le temps total visé en secondes

La deuxième astuce importante est de ne pas se relire, et donc de ne parcourir le paquet qu’une seule fois : là encore, faites confiance à votre cerveau ! Contrairement à la mémorisation de nombres ou de mots, il est plus simple de combler les potentiels trous pendant la phase de restitution puisque vous avez les cartes restantes devant les yeux !

Enfin, la dernière astuce est de ne pas mémoriser tout de suite le dernier bloc de cartes mais de simplement l’encoder avant de stopper le chronomètre, ce qu’on appelle le grab. Vous pourrez ensuite former et mémoriser cette dernière image une fois le chronomètre arrêté, ou simplement répéter dans votre tête l’information (sous forme de « boucle phonétique ») qui devra être la première à être restituée durant la phase de restitution.

4. Créer une routine d’entraînement

Votre progression va dépendre du temps que vous pouvez consacrer à l’exercice et de la régularité de vos entraînements. C’est pourquoi je recommande de vous créer une routine d’entraînement qui devra être calibrée en fonction de votre disponibilité et de votre motivation. Un entraînement journalier pourrait ressembler à :

  • Une ou deux séquences de lecture / encodage chronométrée, afin de progresser sur l’étape 1. Pour chaque séquence de lecture, je recommande de s’entraîner à lire entre 3 et 5 paquets de cartes le plus vite possible.
  • Entre deux et cinq séquences de mémorisation d’un paquet, si possible espacées dans la journée, en alternant des séquences avec et sans métronome, et en évitant d’utiliser deux fois le même palais.

Dans un premier temps, il est préférable de s’exercer dans un environnement calme, en utilisant un casque anti-bruit ou en écoutant de la musique calme (c’est à vous de voir ce qui fonctionne le mieux pour vous). Dans un deuxième temps, je recommande de s’entraîner dans des conditions moins optimales et à faire des matchs en ligne pour s’habituer à la pression.

Je vous conseille enfin de tenir un « journal » de votre progression, et de noter et analyser à chaque fois vos erreurs : si vous vous trompez régulièrement sur les mêmes cartes ou loci, il est peut-être temps d’adapter votre système…

Enfin, il arrivera tôt ou tard un moment où vous aurez l’impression de stagner voire de régresser sans raison apparente. Rassurez-vous, tout le monde passe par là. Je recommande dans ce cas d’arrêter les entraînements pendant quelques jours et de reprendre plus tard : votre cerveau a lui aussi besoin de repos de temps en temps !

Bon courage à tous et à très bientôt sur Memory League !

Quelques liens externes : 

Auteur: Guillaume dG

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